Réparer un ruban de scie

Oups ! J'ai un peu trop forcé sur ma scie à ruban en tentant de petites courbes sur un moule. Ce serait dommage d'en racheter une autre, elle est réaffutable, elle a à peine servi et j'en aurai besoin ce dimanche ; on va donc la réparer.

Les deux bords du ruban sont meulés en biais au touret, sur une longueur de deux dents :

Les deux bouts de la lame sont enduits de décapants et positionnés sur un support réfractaire et bien calés à l'aide de blocs d'acier. On vérifie bien l'alignement à l'aide d'un petit réglet ou d'un bout de profilé bien droit :

La scie est brasée à l'argent puis poncée au touret à meuler. Pour la soudure, on utilise un petit chalumeau bi-gaz mais vues l'épaisseur de la lame et la température de fusion du métal d'apport, une lampe à gaz devrait tout aussi bien l'affaire :

A ce stade, le refroidissement à l'air de la scie chauffée au rouge l'a complètement trempée : le métal est raide et cassant. Il faut le recuire.

Le recuit n'annule pas la trempe mais permet de redonner de la souplesse au métal.

C'est une trempe "améliorée", qui combine les avantages du métal trempé (dureté, élasticité) et du métal non trempé (souplesse et résilience).

On chauffe délicatement la zone soudée à la lampe jusqu'à ce que le métal prenne une teinte bleue (290°C) puis on la refroidit brusquement à l'eau. La petite zone blanche au milieu trahit la présence de la brasure à l'argent.

Après polissage, voilà notre ruban de scie presque comme neuf.

Un coup d'affutage à la lime tiers-point, un coup de pince à avoyer et notre scie est prête à reprendre du service.

Voilà au moins 29 euros que casto n'aura pas.

J'en profite pour vous recommander chaudement de jeter au plus vite votre lame trempée, fournie d'origine avec la quasi-totalité des machines amateurs, pour investir dans une lame réaffutable (outillage on line ou HM, par exemple), qui offre une qualité de coupe et un mordant parfaits et se laisse souder sans broncher.

Merci au forum Soudeur.com pour les astuces et le recuit. Bon week-end !

Une guitare en bord de Loire 15/15

Jour 15, séchage de la première couche de vernis, montage des cordes et réglages des sillets de tête et de chevalet. Ça sonne bien !

Je quitte Saumur dans l'après-midi ; les autres couches seront passées à la maison.

A bientôt !

Une guitare en bord de Loire 14/15

14e et avant-dernier jour du stage.

1 - chevilles

Les trous de chevilles sont alésés coniques à la lousse, puis les chevilles sont recoupées à la bonne longueur et percées à 1,5 mm.

2 - sillet de tête

On entaille le placage de tête à 5mm, on coupe un sillet dépassant la touche de 2,5mm et on marque les cordes extrêmes. On fera le reste demain.

3 - Sillet de table

A l'aide d'une règle rectifiée posée sur le sillet, on cherche à obtenir 4-5 mm au dessus de la frette 12. On obtient ainsi la hauteur du sillet à couper (ici 6 mm, un peu plus faible sur les aiguës).

Le sillet est coupé dans une plaque d'os de bœuf de 3 mm d'épaisseur. Pareil, on ajustera la hauteur demain.

4 - pose des frettes de table

Les frettes de table ne seront pas faites en maillechort, comme de nombreuses guitares romantiques originales, mais simplement à l'aide de baguettes d'ébène de 1x1 mm, coupées à la bonne longueur puis collées à la colle cyanoacrylate déposée parcimonieusement au cure-dent.



5 - Vernis

Le vernis employé est un vernis à l'huile, dilué à l'essence de térébenthine. Il s'applique facilement en couche fine au pinceau. C'est beau : les ondes de l'érable ressortent bien. On laisse sécher pour la nuit.


Demain, dernier jour, on s'occupera des dernières réglages : sillets de tête et de table et hauteur des frettes, des fois qu'il y en ait une qui frise.

Les autres couches de vernis (3 ou 4) seront posées à la maison.

Une guitare en bord de Loire 13/15

13e jour sur 15 à l'atelier de lutherie.

La guitare munie de sa touche, brute de collage :

Allez, on entame les finitions !

1 - finition de la touche

Les bords de la touche sont finis bien droits (râpe, lime, racloir) :


2 - perçage des trous de chevilles

A la perceuse à colonne, diamètre 7. Les trous seront finis demain à la lousse (alésoir conique).

3 - finition du manche

Le manche est ébauché par plans, puis arrondi (râpe, racloir, bande abrasive).

4 - perçage du trou de bouton

Comme pour les chevilles, on perce à 7 et on finira demain.


5 - sciage et pose des frettes

Les frettes prennent place dans des traits de scie de 0,6 mm, faits avec une scie japonaise sans voie, une horreur complète qui scie en tirant et coince sans arrêt. Une cale aide à démarrer le trait sans dévier. Il faut ensuite former son trait en dégageant la scie à chaque coup.


Les frettes (en maillechort) sont coupées un peu plus grandes que la largeur du trait. Le fil, en forme de T, est muni, sur sa barre verticale, de petites ancres qui assurent son maintien en place. A la pose, il faut faire attention à ce qu'aucune ancre du fil de frette n'arrive pile au bord. Ce serait moche et inutile et dangereux (risque d'éclat en bord de touche).

Les frettes sont posées au marteau de bronze, censé ne pas marquer les frettes (avec une réussite plus ou moins heureuse, un montage à la presse ou à l'étau me semblerait plus propre) puis arasées à la pince coupante...

...puis limées à ras du manche (90° puis 45°), et enfin finies au papier de verre fin :

5 - finition du chevalet

On finit le chevalet en alésant, à la petite lousse, les trous de chevilles à leur bonne dimension :


Puis en collant à la cyanoacrylate les deux pastilles au bout des moustaches, confectionnées à partir de chevilles repolies au mandrin et coupées à la scie :

6 - ponçage

Une petite heure de ponçage devant The Deer Hunter et la guitare est (quasiment) prête à être vernie !

Une guitare en bord de Loire 12/15

12e jour sur 15.

1 - finition du talon

Finition du talon collé la veille, gouge, rifloir et abrasif :

2 - arasage des filets

On finit d'araser les filets, sur la touche et le côté. Ceux d'onglet, sur la touche, sont un peu délicats.

3 - coupe et pose du filet du tasseau

Pas vraiment un filet mais une petite pièce en ébène pour faire joli, identique à l'originale de Grobert.

La forme est tout d'abord tracée sur papier, collée sur un épais placage :

Puis tracée sur le tasseau et creusée...

Puis collée...

Puis formée à la râpe fine et au racloir :

4 - collage de la touche

La touche, en ébène de 25/10e, est poncée puis coupée à la bonne taille :

Les frettes sont marquées au cutter, les bords de la touche sont tracés, coupés et la touche montée à blanc.

Comme pour le chevalet, des pions de positionnement sont prévus pour éviter le glissement de la touche au séchage.

Deux trous de 1 mm de diamètre sont percés à l'emplacement des frettes 1 et 8, puis des petits clous de diamètre adéquat introduits. Notre touche ne bougera plus, elle peut être collée à la colle forte Tite-Bond.
Oh ! Et à ce stade, on peut, enfin, couper les ailes du manche à la scie à ruban.

Voilà, on colle, sous presse jusqu'à demain !

Et aussi, j'ai croisé un plaqueminier (arbre à kakis) ce main, rare sous ce climat. Et j'ai enfin changé ma dynamo (denrée rare à Saumur), morte grippée ce samedi à Nantes.

Une guitare en bord de Loire 11/15

11e jour et 3e et dernière semaine à l'atelier de lutherie. Au menu d'aujourd'hui, c'est : filets, filets et filets !

1 - les filets

En se rapprochant du bord de table, il devient difficile de maintenir les filets avec nos épingles (je recommande les Exacompta à tête plate) ; nous les échangeons donc contre du ruban adhésif. Le Scotch 3M "Magic" (le translucide repositionnable) marche bien mais avec ses rouleaux de 7,5 m, il en faut bien trois pour finir le travail proprement. A 1,75 € pièce, ça fait un peu cher.

On finit ainsi la table et le dos :

Un coup  de racloir et les filets apparaissent enfin. Et oui, c'est encore de la rayure !


2 - la mouche

C'est la petite pièce en bas du talon. Il paraît qu'elle n'a pas de nom, pour moi ce sera donc la mouche, taillée dans une chute d'ébène du chevalet :

On ajustera demain, une fois tout ça bien sec.

Une guitare en bord de Loire 10/15

10e jour et fin de la deuxième semaine à l'atelier.
Aujourd'hui, la guitare n'avancera pas ostensiblement, mais on attaque la dernière ligne droite avec le filetage, qui précède la collage de la touche et le vernissage.

1 - arasage table et fond

La table et le fond, qui jusqu'à présent dépassaient de 2-3 mm, sont arasées au niveau des éclisses (rabot, canif, papier de verre, tout est bon).

Ça prend forme...

2 - filetage

Sur la table comme sur le fond, le filet se compose de plusieurs filets de surface d'1x2 mm (rayés ébène et érable sur la table, tout ébène sur le fond) et d'un filet noir 4x1 mm de côté. Il faudra donc pratiquer deux "marches d'escalier" pour accueillir ces filets tout autour de notre guitare.

Un dessin pour mieux comprendre le travail à effectuer :

Ces gorges seront faites à la défonceuse, sauf aux quelques endroits (talon et touche du manche), où la machine n'a pas accès. Le travail sera donc terminé à la main.

3 - préparation du filetage de la table

Un essai dans une chute de bois permet de vérifier le bon réglage de la machine : notre filetage d'essai doit rentrer pile en largeur, et dépasser de quelques dixièmes le niveau de la table. On dégage une petite zone sur notre table pour vérifier que ça passe et on dégage l'ensemble du contour :

On attaque ensuite la gorge du filet de côté. Comme pour la rosace, la défonceuse Dremel donne des résultats étonnamment précis et propres, même dans l'épicéa.

Les parties du manche où la défonceuse n'a pas accès sont tracées, marquées au cutter puis dégagées à la gouge plate :

4 - préparation du filetage du fond

C'est pareil, beaucoup de machine...

...et un petit peu de travail à la main autour du talon : tracé et marquage au cutter...

...et dégagement à la gouge de nos deux marches d'escalier (filets de fond et de côté).

5 - filetage de la table

Les filets de bord de table seront posés un par un. Au bord du manche, où le motif est droit, nous collons au préalable des plaquettes qui seront découpées d'onglet à la bonne dimension puis collées :

Pour le bord, un léger cintrage préalable au fer nous simplifie la vie. Les filets sont maintenus à l'aide d'épingles. Au talon, la coupe d'onglet est obtenue par simple ponçage. Au tasseau, le filet est coupé à la pince puis poncé bien d'équerre à la cale jusqu'à la ligne médiane.

Un peu de rangement, et nous continuerons le filetage lundi prochain. Nous pouvons espérer vernir en fin de semaine prochaine !


A lundi !

Une guitare en bord de Loire 9/15

9e jour, et avec sa table collée, notre ouvrage commence à ressembler à une guitare. A ce stade, on sort l'instrument de son moule, qui peut désormais être raccroché à son clou.

Aujourd'hui, on forme le fond et on ferme notre instrument !

1 - le fond

Le fond est poncé jusqu'à une épaisseur de deux bons millimètres. Ses barres sont voutées de manière à lui donner une certaine flèche, de l'ordre de 2 à 4 mm.

Comme pour la table, les barres sont collées, profilées et affinées :

Le joint de table est enfin muni d'un couvre-joint (non illustré).

2 - contre-éclisses de fond

Pas de surprises, c'est comme pour la table : cintrage, collage, biseautage, entailles pour les barres.

Au fait, avez-vous remarqué les pions de calage du chevalet ? Ils doivent être retirés ou arasés.

3 - renfort de chevalet

Nous avons oublié le renfort de chevalet ! Pas indispensable mais il figure sur l'originale et me semble utile dès lors qu'on utilise un chevalet à chevilles, les nœuds aux extrémités des cordes risquant de grignoter l'épicéa à la longue.

Une chute d'éclisse règle rapidement cette omission.

4 - collage du fond

Le collage du fond se fait à la colle vinylique. Il rigidifie le corps de l'instrument et donne au manche son inclinaison définitive ; il faut donc procéder au collage avec la plate-forme de montage.

Pressé par l'heure, je n'ai pas fait de montage à blanc et mal m'en a pris : mon fond est (légèrement) de travers au talon. Ça m'apprendra, tiens !

La suite demain.

Une guitare en bord de Loire 8/15

8e jour.

1 - mise en forme du chevalet

Le chevalet est sculpté dans un bloc d'ébène, un travail lent mais passionnant ! Pour plus de facilité, il est collé au ruban adhésif double face sur un support.

Le logement du sillet est tout d'abord façonné à la défonceuse :


Nous pouvons aussi percer les trous de chevilles, que nous avons repérés hier :


Les autres surfaces du chevalet ne sont pas fonctionnelles ; elles peuvent être sculptées au ciseau, à la lime et à la râpe, en s'inspirant du plan :

Comme pour le manche, toutes les surfaces arrondies se forment par une succession de plans, dont on abat ensuite les arêtes :

On abat ensuite à la râpe demi-ronde fine les " moustaches " de part et d'autre du chevalet.


Encore du ponçage et voici notre chevalet terminé :

2  - collage du chevalet

La position du chevalet a été calculée hier et repérée au crayon sur la table. Son contour est détouré au ruban adhésif, afin de ne pas tacher la table :


A la place des pointes enfoncées la veille, nous perçons à 3 mm et insérons de petites piges en bois qui permettront de caler le chevalet lors du collage et l'empêcheront de glisser de sa position :

Montage à blanc... tout roule ? On colle !


Note : de nombreux luthiers ne collent le chevalet qu'une fois l'instrument fini et verni. Les deux méthodes ont leurs avantages et leurs inconvénients : en gros, c'est accessibilité des serre-joints contre précision.

3 - collage de la table

Avant de coller la table, on biseaute les contre-éclisses à la gouge. C'est plus propre et on gagne un peu de poids :

Le collage de la table est nécessairement précédé d'un soigneux montage à blanc. Le collage se fait sur un gabarit qui assure l'alignement (droite-gauche) et l'inclinaison (haut-bas) du manche par rapport au corps de l'instrument. Différents repères (fléchés sur la photos) permettent de vérifier le bon alignement.

Le collage se fait à la colle d'os, dont la réversibilité sera utile en cas d'accident qui nécessiterait un détablage.

Une guitare en bord de Loire 7/15

7e jour !

1 - Barrage de table

Notre fine table d'épicéa doit être barrée, c'est à dire renforcée de barres d'épicéa, disposées de manière à ne pas trop étouffer les vibrations de la table. Leur disposition est asymétrique, selon qu'elles sont côté aigus ou graves.

Les barres en épicéa, fil perpendiculaire à la table, sont collées puis profilées en forme d'ogive à l'aide des rabots. Enfin, leurs extrémités sont affinées, à la gouge ou au rabot à semelle convexe.

Nickel !


2 - ébauche du chevalet

Le modèle du chevalet, caractéristique de la guitare de Grobert, est reporté sur papier, collé sur un morceau d'ébène puis débité à la scie à chantourner.

Inutile d'en faire plus à ce stade. En raison des écarts existant entre le plan et notre guitare, seule une mise en situation peut nous permettre de définir certaines cotes.

3 - entaille des contre-éclisses

Les contre-éclisses doivent être entaillées pour laisser passer les extrémités des barres, qui se prolongent jusqu'aux éclisses.

Pour cela, la table barrée est posée sur la couronne d'éclisses, bien centrée, puis l'emplacement des barres est marqué au crayon. Un coup de scie et de ciseau plus tard, et la table se pose (normalement !) sans jour sur les éclisses.

Si ça ne rentre pas, les entailles peuvent être rectifiées.

4 - position du chevalet

Notre diapason est de 63,5 cm. Nous ajoutons 1 mm (pour la compensation dans les aigus) et nous obtenons la position de notre sillet de chevalet (arrêt de la corde à son point bas).

Notre chevalet peut ainsi être précisément positionné :

La position précise des chevilles extrêmes (1ère et 6e cordes) est obtenu à la règle rectifiée, à droite et à gauche, en respectant les positions habituelles de ces cordes sur le manche (environ 4 mm du bord de touche) :

Nous avons nos cordes extrêmes, nous pouvons tracer nos intervalles, égaux au chevalet (ce sera un peu différent au sillet de tête) :

La position exacte du chevalet est repéré sur notre table à l'aide de 2 petites pointes clouées et coupées à ras du chevalet. L'empreinte laissée dans l'épicéa de la table nous sera utile demain, où les clous seront remplacés par de petites piges de calage en bois (des piques à brochettes).

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