La table de la classique diffère principalement de celle de la folk par son épaisseur moindre (2,3 au lieu de 3 mm) et son barrage fin en éventail. Deux différences encore, mais qui relèvent cette fois-ci d'un choix dans la réalisation : la table sera en épicéa, un bois que l'on commence à bien connaître, et la rosace sera réalisée à part, puis incrustée dans la table.
1 - collage et rabotage de la table
Que du classique ! On jointe, on colle, on rabote jusqu'à 2,3 mm.


Notre morceau d'épicéa a une coupe un peu étrange mais présente de jolis dessins qui se révèleront au vernis.

2 - réalisation de la rosace
Contrairement à celle de la Martin, qui est simple et pouvait être montée directement dans la défonce, la rosace de la classique est montée à part. Elle se compose d'une trentaine de placages d'ébène, érable ondé (sur dosse, pour que la tranche soit ondée) et acajou de 3, 5 et 9/10 mm. Un exemple, réalisé pendant les portes ouvertes de 2005, est exposé dans une vitrine à l'entrée de l'école :

Les placages (5 à 6/10 mm) sont d'abord découpés en bandes de 16 mm à la scie à placage (on reparlera de son affûtage particulier) puis amenés à bonne épaisseur à la filière à placage (on en reparlera aussi).


Nos filets sont ensuite collés à la colle chaude sur un disque en PVC de 16 mm d'épaisseur et 91 mm de diamètre et serrés à l'aide de cerclages en clinquant inox, incrémentés tous les 5 mm de périmètre. La colle est préparée assez épaisse et réchauffée après la pose, un filet à la fois et pas plus de 4 par jour. Patience !


Après démoulage, notre rosace ressemble à un gros gâteau, qu'il suffit de couper en tranches de 1,5~2 mm à la scie japonaise montée sur gabarit.



La méthode est laborieuse mais on se prépare de quoi garnir 5 à 6 guitares. Mieux vaut ne pas se rater.
3 - incrustation de la rosace
Tout d'abord, un peu de ménage : on détoure la table à la scie à ruban. Se garder de jeter les chutes qui resserviront.
D'ailleurs, de manière générale, ne rien jeter du tout.


La méthode employée est assez prudente puisque l'on commence par effectuer une défonce 1 mm plus petite que la taille de la rosace. Attention ! cela veut dire qu'on retire 1 mm au rayon extérieur, mais qu'on en rajoute un au rayon intérieur !


C'est fin !

Note : le petit trou visible à gauche est une coquille, on s'en occupera une fois la rosace terminée.
Le fond de la défonce peut être égalisé à l'aide d'un petit racloir circulaire. Ce n'est pas de la coquetterie mais évite d'avoir de fortes épaisseurs de colle chaude, ce qui risquerait de déformer la table.

Ce n'est qu'à ce moment que la défonce est amenée à ses bonnes dimensions extérieures et intérieures. On emploie, comme pour la Martin, deux coupe-rosaces et on fera autant d'essais qu'il faudra pour que la rosace rentre légèrement à force.



La rosace est collée à la colle chaude, quelques épaisseurs de journal permettront de rattraper les différences d'épaisseurs et d'éviter de déformer la table.


Après un temps de séchage généreux, la rosace peut être rabotée (en faisant attention) et amenée à niveau au racloir parfaitement affûté. Attention de ne pas rayer la table ni creuser ou marquer la rosace !



4 - petite réparation sur la table
Lors du perçage du pivot du coupe-rosace, un irrépressible élan d'enthousiasme m'a fait confondre repères de bord et centre d'ouïe, d'où ce petit trou pas trop mal placé, puisque sous la touche. Mais le trou sera coupé en deux par la tranche de l'ouïe.
Après avoir retourné le problème dans tous les sens, on décide de prélever un bout de table dans l'ouïe et de l'encastrer à la place du trou. Cette réparation présentera ainsi le même bois, dans le même sens, ce qui limitera au maximum sa visibilité. L'ouïe sera découpée ensuite.
On trace.


On entaille.


La pièce prête au collage :

Après mise sous presse et séchage, vue dessus-dessous :


Découpe de l'ouïe à 85 mm... suspense !


La réparation se fait discrète. Ouf !

5 - retouche des épaisseurs
On reprend quelques zones un peu épaisses pour les amener à 2,3 mm. On en profite pour faire disparaître un petit éclat à l'extérieur. Passes minimales et affûtage rasoir pour ce travail en face de parement !


A ce stade, la table "plate" est terminée. Reste à débiter, coller et façonner le barrage.
6 - débit du barrage
Le barrage est en épicéa, fil perpendiculaire à la table. Deux morceaux de table (souvenez-vous, les chutes !) viennent renforcer le dessous de la rosace. Il s'agit d'une des quelques libertés prises par rapport au dessin de Torres qui prévoit deux barres et un renfort de rosace rond, prévu pour l'insertion d'un tornavoz, cône de métal supposé améliorer la projection du son et abandonné depuis.

7 - collage du barrage
La plate-forme de montage est creusée de la rosace jusqu'au tasseau bas. Les barres en éventail seront donc collées sous contrainte pour bomber la table.
Tous les collages sont faits à la colle chaude après avoir préchauffé localement la table. Un peu plus délicat à utiliser que la Titebond, mais au moins, les barres ne glisseront pas au collage. Je vous assure que c'est un sacré plus !
Collage des barres de renfort de rosace :

Collage des barres, suite :



Les barres en éventail sont mises à épaisseur : 3,5 mm pour celle du centre, 3,5 pour celles du bord, épaisseur mesurée au milieu de la barre, qui est, rappelons le, courbe, à cause du creusage de la solera. Elle sera donc moins épaisse aux extrémités.

Les barres sont ensuite formées "en toit" à la noisette plate, puis arrondies et polies.


Puis les extrémités sont biseautées.

On peut enfin coller les dernières barres : la transversale sous l'ouïe (arrondie pour respecter le galbe de la table) et les deux fines venant fermer l'éventail en bas.

Les dernières barres sont mises en forme.


Puis les extrémités de barres transversales biseautées, à 7 mm pour celles encadrant la rosace, 4 mm pour celle du haut.

Enfin, la table est rabotée, proprement et bien d'équerre, au niveau de la frette 12, et notre table mise de côté jusqu'à l'assemblage.
