L'atelier corseterie est au départ un projet  technique dont la difficulté est lié autant à la rareté des fournitures nécessaires qu'aux contraintes particulières subies par le vêtement en matière de traction par exemple. La fabrication réclame un minimum de soin du fait de l'ajustement du vêtement sur le modèle et des pièces entre elles (pièces de parement extérieur et pièces de doublure par exemple), mais un peu d'entraînement et de documentation permet de venir à bout de la plupart des problèmes rencontrés.
La recherche de fournitures adaptées a également été l'occasion de rencontrer des personnes passionnées et compétentes.

Sur le sujet des modifications corporelles en tant que fait social, je vous recommande la lecture du livre Le Vêtement Incarné, par France Borel, aux éditions Agora.

Corset N°1 - 2004



Corset réalisé un peu sur un coup de tête et surement plus proche du bricolage que de la couture.

Le patron est piqué sur un modèle déposé en 1899, et dont l'apparente simplicité était sensée faciliter la fabrication (en gros, pour chaque demi-corset, un rectangle et quatre pièces trapézoïdales - 2 en haut, 2 en bas - formant goussets). La difficulté est venue de la réalisation des coutures à 90° formant l'angle des goussets (point bourdon pas joli-joli, mais ce problème est purement lié à la conception du corset) et de l'adaptation du busc. Il y avait moyen de faire beaucoup plus simple et plus propre, mais je n'avais pas encore suffisamment d'expérience en matière de couture pour bien faire.
Tissu de parement : coutil polyester, doublure en satin broché.
Les œillets sont des 5mm d'excellence finition provenant de chez Obi. Malheureusement, la référence ne se fait plus... Dommage car je n'ai jamais revu de kits d'œillets grand public d'aussi bonne qualité !
Le reste des fournitures (lacet plat en coton, busc et baleines en acier plat plastifié) provient de chez Alysse Créations.

Corset N°2 - 2005-2006
corset 2corset 2

Celui-ci est déjà plus sérieux, je suis parti d'un patron fourni par Alysse, vendu sous forme de kit, avec patron (de marque Laughing Moon, modèle Doré), busc, baleines spirales à couper et embouts, bande de sergé pour la taille. Chaque demi-corset est composé de 5 panneaux, formés de 3 couches : tissu de parement thermocollé (un superbe tissu noir damassé, motif cachemire), toile fine et solide pour la structure et la résistance, doublure (coton rayé gris bleu). 

Le biais est entièrement posé à la main, à points cachés : c'est long (près de 8 heures) mais la finition est propre. La bande d'œillets est fortement renforcée par une sangle de nylon prise entre doublure et tissu de parement.
Les petites retouches qu'il manque : une agrafe pour fermer proprement la haut du corset (j'aurais du prendre un busc plus grand), et peut-être des jarretelles. Mais ça, c'est pour Laure, ma partie du boulot est finie : un an que je bosse dessus, je pouvais plus le voir en peinture ce fichu corset.
Pas d'autres particularités pour ce patron. Mes conseils à la vue de mon expérience : patience, soin, précision ! Enfin il s'agit d'un excellent entraînement pour une nouvelle réalisation : j'ai un second patron à essayer, en provenance de Butterick, modèle B4254.

Corset N°3 septembre-décembre 2006


Ce corset-ci est réalisé à partir du patron Butterick, qui compte 6 panneaux.

Matières : tissu damassé noir, doublure intérieure blanche, finement rayée, guipure noire, œillets argent 4mm roulés, lacet coton plat.La réalisation, cette fois-ci, est de qualité grâce à l'expérience accumulée. Notamment, la partie avant est, comme la zone de laçage, renforcée au gros-grain, ce qui évite toute déviation de la partie avant comme sur le N°2. Le biais est piqué à l'extérieur puis rabattu à la main sur l'intérieur.

La réalisation de cette pièce a été détaillée durant trois mois et inmage par image sur fotolog.
Soket, mon modèle sur ce projet, m'en a fait parvenir quelques photos en situation. Photos par O'Clock, jupe-pétales par Laurianne, petites mains expertes de L'Usine à Bulles :








Buscs
Le busc est la fermeture utilisée pour le devant des corsets (composée de deux morceaux, mâle à gauche et femelle à droite - même standard que pour le boutonnage des pantalons ou des vestes, par exemple). Elle supporte les contraintes bien mieux qu'une fermeture Eclair ou qu'une bande d'agrafes, et garantit la tenue correcte de l'avant du corset. Les attaches sont souvent plus rapprochées sur le ventre pour un meileur maintien.
En plus des buscs standards, on trouve des "buscs cuillère" qui permet là aussi un meilleur maintien. Je n'en ai jamais utilisé mais je suis tout de même bien curieux d'essayer, juste pour la rareté de l'objet. Un jour peut être, pour un modèle historique ?

Lacets
Ma recommandation : le lacet en coton, plat ou rond pour plus de solidité, qui ne glisse pas des oeillets et se teint très bien. C'est costaud, pas cher et ça se vend au mètre. Sinon, on voit aussi des lacets plats ou ronds en satin (ça glisse). Second conseil : beaucoup d'oeillets, pour un maintien plus ferme et une plus grande résistance à la traction.

Une fois le corset fini, il reste à le lacer. Il existe de nombreuses façons de procéder, dont le choix dépend de l'usage qui est fait du corset : reproduction historique, possibilité d'une ouverture sur l'avant ou non, laçage seul ou assisté, serrage plus fort à la taille, possibilité de faire varier facilement la contrainte d'une zone à l'autre...et bien sur l'esthétique !

Les deux laçages les plus simples et aussi les plus souvent rencontrés sont le noeud papillon et le zig zag américain :

zig zagpapillonLe zig zag américain, c'est le laçage classique, des baskets par exemple. Les lacets en passant d'un côté à l'autre, passent du dessous au dessous de la bande d'œillets, ce qui ne permet pas de serrer jusqu'à la réunion totale des deux moitiés du corset. Les lacets se croisent de près à chaque passage, ce qui rend le serrage un peu plus difficile. Ceci peut être un avantage, car le corset sera aussi plus dur à desserrer. Il est également possible de faire varier la tension si l'on souhaite avoir des zones plus ou moins serrées : le frottement des lacets maintiendra en place les différences de tension.
 
Une variation très proche est le nœud papillon : au lieu de passer d'un coté à l'autre du vêtement, le lacet reste toujours du même côté, et le corset peut être serré jusqu'à la fermeture. Les lacets se croisent toujours à chaque passage, et la tension est bien conservée.

paresseuseparesseuse croiséeIl est difficile de serrer correctement un corset seul, les corsetières ont donc inventé le laçage "à la paresseuse", où les boucles libres du lacet se situent à la taille. Cette solution a un second avantage, c'est de permettre une réduction importante du tour de taille, là où se fait le nœud. L'excédent de lacet peut être noué autour de la taille ou le nœud simplement laissé à l'arrière. A recommander, donc. par contre, dans mes réalisations, je combine paresseuse et zig-zag, plutôt que papillon.

La laçage à la paresseuse connait aussi une variation offrant encore un meilleur maintien de la taille, qui consiste à croiser les boucles en formant une croix dans le dos. Le bas du corset est serré en tirant sur le haut des boucles et vice versa. Cela demande un peu d'habitude.

spiralcarrécarré doubleLes laçages spirale ou carré sont adaptés aux corsets historiques. Tous deux étaient très commun avant la période victorienne (pré 1840), et une reconstitution s'accommoderait difficilement d'autres laçages. Dans les deux cas, le lacet est attaché en haut du corset et descend jusqu'au bas ou il soit noué sur lui-même, soit sur un bout de lacet cousu là à cet effet. Cette méthode permet de lacer soi-même son corset : pas compliqué, il n'y a qu'un brin à tirer. Les lacets ne se croisent pas, ce qui rend ces laçages plutôt lâches. Il est possible de remédier à cet inconvénient en utilisant deux lacets au lieu d'un seul, ce qui rend le laçage au carré plus sur. On s'éloigne un peu de la réalité historique, mais esthétiquement, ça se tient, et rend inutile l'ajout d'un petit bout de lacet en bas du corset : il suffit de nouer ensemble les deux brins.

Un autre inconvénient du laçage spirale est qu'il nécessite une réflexion préalable à la pose des œillets. En effet, contrairement aux autres méthodes, ce laçage ne place pas les œillets en vis-à-vis. Si un corset symétrique est lacé en spirale, les deux moitiés du corset seront décalées en hauteur le long de la fermeture. Les œillets doivent donc être placés en quinconce lors de la pose. En cas d'oubli, le laçage au carré offrira un substitut historiquement valable.

couverturecouverture doubléeUn dernier type de laçage peut être utilisé lorsque le corset est un peut trop grand. Il s'agit du laçage à couverture, simple ou double, qui permet de superposer les bandes d'œillets et ainsi de gagner deux à trois centimètres de tour.

Ces laçages offrent une excellente tenue et ne bougent pas. Par contre, en mettant en contact direct l'endroit et l'envers du corset, il risquent d'abîmer le tissu à cet endroit.


Merci à Aurora Celeste de l'ex-site "Costume Beginner" pour une partie du texte et les illustrations du paragraphe laçage ! (2006)

Œillets

Trouver ou choisir les œillets adaptés est un vrai casse-tête.

La meilleure solution consiste à poser des œillets roulés de 4 ou 5 mm. Et là encore, les ennuis ne sont pas finis, toutes les marques ne se valent pas. Après avoir essayé de nombreux et coûteux systèmes, je peux vous faire profiter de mon expérience en vous conseillant d'investir dans une presse, pour le 4mm, et pour un usage plus occasionnel, dans une pince de marque Prym pour le 5 mm.

Note : si vous êtes tenté d'aller faire vos emplettes chez les américains : ils semblent utiliser des noms différents pour les œillets étoilés ("eyelets") et ceux roulés ("grommets").
œillets étoilés

oeillets étoilés 4mm
Les œillets 4 mm (il s'agit toujours du diamètre intérieur) étoilés. C'est le basique du basique, disponible dans les magasins de bricolage et de loisirs créatifs. Ils se posent avec une pince spéciale ( à droite). La qualité des œillets n'est souvent pas géniale (tout particulièrement ceux sur la photo de droite), le tissu n'est pas maintenu et se déchire à la longue, surtout dans le cas d'un laçage costaud. Point de vue esthétique, la finition n'est pas satisfaisante, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du corset. Il est dommage de gâcher de longues heures de travail avec du matériel comme ça. Donc : à éviter !

Les œillets 4 mm étoilés avec rondelle ne sont pas courants. J'ai trouvé les miens dans un kit de bonne présentation comprenant une matrice à frapper et un petit emporte pièce et disponible chez Reine Tissus, la célèbre enseigne de Montmartre. La rondelle est plate, simplement découpée. La matrice ne comporte qu'une seule partie, destinée à épanouir l'
œillet Il n'y a pas, comme on le voit parfois, une matrice soutenant l'œillet, il faut donc prendre soin de frapper l'œillet sur une surface pas trop dure (bois ou tapis de découpe par exemple). Malheureusement, même en prenant cette précaution, l'œillet supporte mal la frappe (photo de gauche). Par contre, épanoui à la pince à œillets, ils se comportent mieux.
Pour conclure le chapitre des œillets étoilés, il parait qu'ils n'agressent pas la peau lorsqu'ils sont enfoncés dans les épaisseurs du tissu du corset. C'est toujours bon à savoir, mais dans l'absolu, une seule chose à retenir : la meilleure solution est d'utiliser des œillets roulés avec contre-rondelle.

Œillets roulés

Les œillets roulés avec rondelle au verso offrent une finition professionnelle. En 4 mm, ils ne sont à ma connaissance disponibles que dans le circuit professionnel car ils doivent être posés à la presse (presse traditionnelle quart-de-tour ou plus moderne comme les modèles américains à levier American Tag). Il est possible de faire l'acquisition d'un tel matériel pour 100-200 euros, c'est encore accessible et envisageable pour les vrais passionnés. J'ai trouvé la mienne, une Daudé hors d'âge, sur eBay, pour 80 euros.
Les œillets roulés "grand public" - c'est à dire disponibles en mercerie - commencent à 5 mm. Ils sont systématiquement livrés et posés avec rondelle et constituent à mon sens la solution la plus adaptée pour le corsetier amateur. J'en ai essayé 3 marques : Obi, Mondial Tissus et Prym.

J'ai utilisé les œillets de chez Obi - je ne me rappelle plus exactement la marque - pour le premier corset. Ils sont très bons, je regrette de ne pas en avoir pris plusieurs boîtes d'un coup.
Je fais toujours un détour par le rayon quincaillerie dès que je mets les pieds dans un magasin de bricolage, mais je n'en ai plus jamais retrouvé depuis.

Les oeillets mondial tissuMatrice foutueLes œillets Mondial Tissus ont une finition superbe, et sont livrés avec des matrices d'apparence sérieuse. les rondelles sont simplement découpées et ne présentent aucun relief.
Fort de l'expérience des œillets Obi, j'en ai donc pris tout de suite 4 boites (deux noirs, deux nickelés). Par contre, la première pose a réservé bien des surprises : les œillets s'écrasent en accordéon au lieu de s'épanouir et se sertissent même sur la matrice. Il faut ensuite les dégager en faisant levier avec un petit tournevis. Je vous épargne l'état de l'œillet à l'arrivée... pas très joli. Quand à la matrice, ce n'est pas mieux. Le chrome s'écaille après à peine 3 ou 4 poses et laisse apparaître le métal à n
u. Là, deuxième surprise, on découvre que les matrices sont en cuivre. Pour poser des œillets en acier, point de vue longévité, ce n'est vraiment pas terrible. Donc, un kit à éviter absolument ! Dommage car les oeillets en eux même semblent d'excellente finition, et ne sont malheureusement pas compatibles avec les autres matrices 5mm en ma possession.

Les œillets Prym 5mm (6,50 euros) sont vendus sous forme de kits comprenant 20 oeillets et les matrices de pose. Les matrices peuvent soit être frappées, soit utilisées avec une pince spéciale (15,60 euros) pour plus de précision et de confort. Les œillets sont roulés proprement, c'est rapide et ne demande qu'un investissement réduit : une bonne alternative pour qui veut s'éviter l'achat d'une presse.

Baleines

J'ai eu l'occasion d'essayer deux types de baleines, les baleines plates et les baleines spirale.

Les baleines plates (6 x 0,35mm) sont en acier plastifié, de longueur fixe (1er corset).Elles sont plus discrètes sous un corset, leur largeur les maintient dans leurs fourreaux sans risque de se retourner, mais leur longueur fixe impose de bien mesurer les tailles nécessaires.

Les baleines spirale sont en acier zingué, livrées en rouleau et se coupent à la longueur désirée à l'aide d'une bonne pince coupante. Les extrémités sont recouvertes d'un embout à poser à la pince. Les baleines spirale sont plus pratiques car on les coupe à la longueur désirée. Reste à savoir la tenue dans le temps de l'acier zingué, notamment aux extrémités, là où le métal est mis à nu par la coupe.

Les baleines plastique sont également faciles d'utilisation mais s'éloignent évidemment d'une construction qui se voudrait proche des techniques d'époque.